Professeure à l’École de travail social de l’USB depuis un an, Kharoll-Ann Souffrant est une chercheuse engagée, dont les travaux s’inscrivent à la croisée du droit, de la criminologie et des études féministes et antiracistes.
Passionnée par l’humain, elle souhaite transmettre certaines valeurs humaines et une ouverture d’esprit.
Une vocation née dès la jeunesse
Kharoll-Ann Souffrant a pris part à de nombreux projets bénévoles durant son secondaire. Cela lui a plu, et elle a développé un intérêt marqué.
« Je n’aimais pas tellement l’école, mais j’aimais beaucoup m’impliquer. J’ai toujours eu un intérêt pour les humains. »
Ces expériences l’ont confrontée à des réalités humaines complexes, et ont orienté son parcours vers des études en travail social.
Bien qu’elle n’ait pas initialement visé des études universitaires, elle s’est découvert progressivement une passion pour la recherche. « Quand tu es chercheuse, tu enseignes, tu écris, tu lis, tu apprends, tu crées du savoir, explique-t-elle. J’ai découvert que la recherche est une carrière qui me correspond vraiment. »
Cette réalisation l’a alors amenée à compléter une maitrise avec une concentration en études féministes à l’Université McGill, et à poursuivre un doctorat à l’Université d’Ottawa à partir de 2019.
Dans son travail, la chercheuse adopte la notion de « point de vue situé », et associe le vécu à la production de savoir. Son objectif est alors de mettre en mots ce que d’autres vivent, mais ne peuvent pas toujours exprimer ou comprendre pleinement, sans toutefois prendre le rôle de porte-parole. Elle conçoit plutôt sa posture comme celle d’une interprète ou d’une traductrice.
« Comme chercheuse, j’assume une posture de "point de vue situé". Je ne fais pas de séparation entre les émotions et l’intellect. Pour moi, les deux dialoguent ensemble et se nourrissent l’un et l’autre. »
Des activités diversifiées
Ce parti pris dans ses recherches, Kharoll-Ann Souffrant le communique à travers ses nombreuses activités.
Le 20 aout dernier, elle a notamment organisé une demi-journée de présentations dans le cadre du 9e Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (CIRFF 2026), qu’elle a consacré au rapport des femmes noires à la langue française, en réunissant plusieurs intervenantes autour des enjeux liés à la langue, à l’identité et à l’immigration.
Québécoise d’origine haïtienne, elle s’est elle-même interrogée sur sa relation à la langue. « Le français peut être une forme de privilège, mais aussi une forme de dépossession lorsqu’il nous éloigne de la langue maternelle de nos parents immigrants et d’une partie de notre identité », explique-t-elle. Toutefois, elle ajoute que chaque lieu où elle a vécu a contribué à construire son identité.
« Plus je connais de langues et de milieux différents, plus je comprends le monde dans lequel je vis. »
Cette réflexion se poursuit dans son travail d’écriture. Après la publication en 2022 de son essai Le privilège de dénoncer, qui portait sur l’invisibilisation des violences sexuelles vécues par les femmes noires et les mécanismes sociaux qui y contribuent, elle publiera à l’automne 2026 un deuxième ouvrage, La langue de ma mère, consacré aux liens entre langue, identité, mémoire et transmission.
Transmettre une ouverture d’esprit
Par son travail de recherche et ses activités, Kharoll-Ann Souffrant souhaite transmettre une posture d’ouverture, de réflexion et de curiosité.
Dans son rôle de professeure, cela se traduit par une volonté de raconter à son public étudiant ses propres expériences et ses interventions, tout en l’invitant à faire de même s’il se sent à l’aise de le faire.
Elle souhaite également rappeler que le savoir ne se limite pas aux livres ou aux salles de classe, mais qu’il se construit également à travers les rencontres et les expériences individuelles : « Je dis toujours que ma grand-mère a été ma plus grande professeure, même si elle ne sait ni lire ni écrire. Je crois vraiment que ma posture aujourd’hui, comme professeure, chercheuse, et personne, vient d’elle. »
Kharoll-Ann Souffrant rappelle ainsi que l’apprentissage est un processus continu. Garder l’esprit ouvert et accueillir différentes perspectives est essentiel pour comprendre les réalités humaines. Cette approche rejoint les valeurs de l’USB, où la transmission des connaissances s’appuie sur l’ouverture, le dialogue et la richesse des expériences humaines.