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Introduction
Le gouvernement du Nouveau-Brunswick, en devenant la première juridiction en Amérique du Nord à avoir son propre secrétariat de l’autoroute de l’information en 1993, s’est engagé à développer l’utilisation des technologies de l’information et des communications (TIC) en éducation. En 1995, la moitié des écoles de la province avait son propre serveur et disposait d’environ douze postes de travail branchés en réseau (LeBlanc, 2004). Grâce à une entente entre les gouvernements fédéral et provincial, et l’entreprise privée, le Nouveau-Brunswick fut la première province au Canada à relier toutes ses écoles par un réseau de télécommunications. Dans son plan d’apprentissage de qualité, la province vise à « augmenter l’utilisation de la technologie dans la classe pour appuyer l’apprentissage » (Ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick [MÉNB], 2003, p. 28). Pour atteindre cet objectif, le MÉNB a mis sur pied en 2004 un projet d’accès direct à l’ordinateur portatif dans quelques-unes de ses écoles. L’un des apprentissages qui continue à poser problème aux francophones grandissant en milieu linguistique minoritaire concerne l’écriture comme en font foi les piètres résultats obtenus au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (2010). Si l’accès accru à l’ordinateur portatif fait partie des stratégies visant à améliorer l’apprentissage des élèves, dans quelle mesure affecte-t-il l’apprentissage de l’écriture?
L’objectif de cette étude est d’examiner l’impact de l’accès direct à un logiciel de traitement de texte et aux outils technologiques dans un contexte de résolution de problèmes complexes sur l’apprentissage de l’écriture chez des élèves francophones de 7e et 8e années. Dans les sections suivantes, après une brève recension des écrits ayant examiné l’apprentissage de l’écriture avec un accès soutenu à des outils informatiques, nous énoncerons nos questions de recherche, préciserons notre méthodologie et présenterons les résultats.
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Cadre théorique
Selon le modèle de Hayes et Flower (1980), revisité par Hayes (1996), l’écriture d’un texte s’apparente à une résolution de problèmes complexes où le scripteur doit tenir compte des contraintes globales (intention d’écriture, enjeux, type de texte, besoin du lecteur) et locales (grammaire, syntaxe, orthographe, ponctuation, etc.). En fait, l’écriture requiert une combinaison appropriée de conditions cognitive, affective, sociale et physique pour se produire (Hayes, 1996). En ce qui a trait aux processus cognitifs, le scripteur passe par trois étapes fondamentales lors de l’écriture soit la planification (phase de réflexion), la rédaction (phase de production du texte) et la révision (phase d’interprétation du texte). Lors de la planification, le scripteur définit son intention, cherche dans la mémoire à long terme les informations pertinentes, choisit un ordre de présentation et pense aux besoins du lecteur. La mise en texte consiste en la rédaction d’une suite d’énoncés syntaxiquement et orthographiquement acceptables. Au moment de la révision, le scripteur lit son texte de façon critique pour en évaluer l’adéquation à l’intention initiale, repérer les termes inexacts, les contradictions, le manque d’informations et les erreurs. Cette lecture critique lui permet de corriger le lexique, la syntaxe et l’orthographe, en rétablissant les éléments implicites mais nécessaires à la compréhension et en réécrivant tout ou une partie du texte.
Ces processus ne sont pas linéaires mais récurrents, car le scripteur peut modifier son plan initial en cours de rédaction, réviser avant d’avoir terminé son premier brouillon, etc. « Le rédacteur doit gérer simultanément ces diverses opérations : il doit à la fois garder en mémoire ses idées, les relier d’une manière logique et respecter le code orthographique ou syntaxique. Il se trouve ainsi en état de surcharge cognitive. Cette surcharge cognitive est particulièrement critique chez les enfants » (Garcia-Debanc, 1986, p. 29) puisque les espaces de la mémoire de travail sont occupés par des habiletés telles que la calligraphie et l’orthographe. Or ces habiletés sont souvent automatisées chez les adultes, ce qui libère des espaces pour les habiletés de plus haut niveau comme la cohérence, l’organisation textuelle, la prise en compte des besoins du lecteur, etc.
En somme, les processus cognitifs mis en branle lors de la rédaction d’un texte sont complexes et variés et requièrent des stratégies de gestion de haut niveau. Avec un accès limité aux ordinateurs de table comme c’est la norme dans les écoles, les élèves écrivent habituellement leur premier brouillon à la main, corrigent ensuite les erreurs et ne rédigent que leur copie finale au traitement de texte. Dans le cadre de l’accès direct à l’ordinateur portatif et aux outils technologiques qu’il contient, on peut se demander si la rédaction du premier brouillon et de toutes les versions subséquentes au traitement de texte permettra d’alléger cette surcharge cognitive et, par la même occasion, permettra aux élèves de produire des textes de meilleure qualité. Apprendre à écrire est l’une des tâches scolaires les plus difficiles surtout pour les élèves francophones vivant en milieu linguistique minoritaire qui doivent relever des défis encore plus grands que leurs pairs vivant en contexte majoritaire. En effet, les élèves en milieu minoritaire perçoivent souvent le français comme une langue artificielle, confinée au contexte scolaire (Cavanagh et Blain, 2009). Comme le milieu social est anglodominant et que la langue majoritaire est souvent utilisée dans les familles exogames, ces élèves ont peu d’occasion d’écrire en français et de développer leurs habiletés rédactionnelles dans cette langue (Cavanagh et Blain, 2009). Ces élèves arrivent à l’école avec des taux très variables d’habiletés linguistiques (Gérin-Lajoie, 2002). Plusieurs d’entre eux commencent l’école ne parlant que la langue de Shakespeare ce qui constitue un défi de taille dans l’apprentissage du langage écrit (Cormier, 2005). Cette grande variation constitue un obstacle non seulement dans l’apprentissage de la grammaire, de l’orthographe et de la syntaxe, mais aussi sur le plan de la grammaire du texte et de la révision textuelle (Cavanagh et Blain, 2009).
Or, un des processus cruciaux de l’acte d’écrire est la révision qui consiste à lire son texte pour déceler les erreurs, tant sur le plan de la cohésion et de l’organisation textuelles que sur les plans orthographique, syntaxique, grammatical et lexical. Malheureusement, les apprentis scripteurs en milieu minoritaire sont souvent peu motivés à réviser leur texte et leur manque de compétence en français les empêche de détecter les faiblesses textuelles. En effet, puisqu’ils n’ont pas réussi à écrire un texte satisfaisant du premier coup, ils voient la révision textuelle comme un échec. Cette conception naïve du processus rédactionnel a été largement documentée et demeure un obstacle à l’apprentissage de stratégies cognitives et métacognitives efficaces (Turgeon et Bédard, 1997; Blain, 2001, 2003). Les apprentis scripteurs hésitent souvent à effectuer des révisions majeures qui touchent la cohésion textuelle, par exemple, car cela implique la réécriture à la main d’une grande partie du texte, tâche décourageante pour les élèves (Blain, 2001). Est-ce que ce processus sera facilité par l’accès direct aux outils offerts par la technologie et une utilisation continue du traitement de texte?
Peu d’études ont été menées dans le domaine spécifique de l’apprentissage des stratégies d’écriture grâce à un accès direct à l’ordinateur. Cependant, un des sujets qui a été étudié dans ce domaine est la motivation à écrire qui augmente lorsque les scripteurs rédigent à l’aide de l’ordinateur (Coreen, 2003). Il semble que les élèves soient plus motivés devant une tâche d’écriture lorsqu’ils utilisent le traitement de texte.
Ce résultat corrobore ceux obtenus par Owston et Wideman (1997) qui ont comparé les performances de 52 élèves à partir de la 3e année qui ont appris à écrire à l’aide du traitement de texte dès un jeune âge et écrivent souvent à l’ordinateur, à un groupe équivalent de 58 élèves d’une autre école, qui ont eu peu ou pas d’expérience de rédaction à l’ordinateur et écrivent à la main. Les résultats indiquent une amélioration des compétences en écriture significative chez le groupe ayant eu un accès plus fréquent aux ordinateurs. Il semble que l’utilisation de l’ordinateur motive les élèves et les amène à écrire plus souvent, ce qui en retour augmente leurs possibilités d’améliorer leurs compétences en écriture. De plus, selon Owston et Wideman (1997), lorsqu’ils sont en situation d’écriture à l’ordinateur, les élèves éprouvent plus de fierté puisque leur production écrite, dépourvue de ratures et de calligraphie parfois boiteuse, a meilleure apparence. Ils ont alors tendance à partager davantage avec leurs camarades, ce qui contribue à améliorer leurs capacités d’évaluer leurs écrits et de coopérer avec les autres.
L’expérience de l’accès direct à un iBook d’Apple en Colombie-Britannique (Jeroski, 2003) donne des résultats semblables à ceux des études précédentes. En examinant les textes rédigés par les élèves des 5 classes de 6e et de 7e année bénéficiant de cet accès direct, les auteurs constatent une amélioration de la qualité des textes en ce qui a trait, par ordre d’importance, à la présentation, la longueur des textes, l’organisation, l’usage (structure, orthographe), le style et le sens. Par contre, l’utilisation des stratégies de rédaction par les élèves a évolué à un degré moindre que prévu et ce, malgré le fait qu’ils aient participé à des activités de préécriture, d’écriture et de postécriture. Il est surprenant de constater que les participants à cette recherche n’aient pas réussi à améliorer de façon plus importante la variable « sens » puisque, selon Baker (2000) l’un des avantages des TIC dans l’apprentissage de l’écriture est une meilleure représentation des besoins du lecteur.
En somme, ce que cette recension des écrits sommaire laisse entrevoir, c’est que les élèves sont plus motivés à écrire au traitement de texte qu’à la main et que cette motivation accrue les aide à produire de plus longs textes. Il semble que la qualité des textes augmente, mais que l’apprentissage des stratégies efficaces laisse à désirer. Est-ce que ces résultats sont semblables ou différents chez nos élèves de 7e et 8e année ayant accès direct à l’ordinateur portatif et résolvant des problèmes complexes interdisciplinaires? Plus précisément, dans le cadre de la présente recherche, nous nous sommes posé les questions suivantes :
1 - Comment les élèves de 7e et 8e année gèrent-ils le processus rédactionnel quand ils ont un accès direct à l’ordinateur portatif (utilisation accrue du traitement de texte)?
2 - Quelles sont les principales forces et faiblesses des textes écrits au traitement de texte sur les plans de l’efficacité de la communication, de la cohésion textuelle et de l’organisation?
3 - Quelles sont les performances des élèves en ce qui a trait à la syntaxe, à la ponctuation, à la grammaire, au lexique et à l’orthographe?
4 - Quel est l’apport de l’ordinateur portatif individuel dans l’apprentissage de l’écriture de ces élèves ?
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Méthodologie
Cette étude s’inscrit dans un programme de recherche plus large incluant deux projets InterTIC développés selon les cycles de la recherche-action : analyse des besoins – planification – action – évaluation/réflexion (Van der Maren, 1999). Ces deux projets nommés InterTIC 1 et InterTIC 2, ont été réalisés pendant l’année scolaire 2005-2006. Conçus dans la perspective de l’apprentissage par problèmes, ils ont donné lieu à une collecte de données importante afin de vérifier les apprentissages en sciences, mathématiques, français, méthodes de travail et littératie en matière de TIC. Dans le cadre de cet article, nous nous attardons aux résultats en apprentissage de l’écriture.
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