Une discussion de presque deux heures portant sur les représentations visuelles de la guerre du Vietnam au cinéma a permis d’interpeler la population étudiante et le public sur le sens des images. Organisée le 26 novembre à la Maison des artistes visuels francophones du Manitoba, elle a fait intervenir trois cinéastes franco-manitobains : Alain Delannoy, Axelle Oulé et Danielle Sturk.
Guidé par Phi-Vân Nguyen, professeure agrégée à l’Université de Saint-Boniface, et Lou-Anne Bourdeau, directrice de la Maison des artistes, l’échange a permis d’aborder le sujet à la fois sous un angle artistique et historique.
Décrypter les choix derrière les images
Les représentations de la guerre du Vietnam sur les écrans ont été trop souvent racontées sous le prisme américain ou par des Occidentaux, ce qui a créé un déséquilibre dans la compréhension des faits. « Il ne faut pas oublier que la guerre a d’abord et avant tout touché le Vietnam et les Vietnamiens », rappelle la professeure Nguyen, qui cherchait par cet évènement à ouvrir la réflexion et à explorer comment les images façonnent la compréhension de l’histoire.
Pour les deux médiatrices, la photographie et la vidéographie offrent aux artistes et aux cinéastes des façons de représenter l’histoire de façon inédite. « Il est plus que jamais essentiel pour le public de comprendre que l’artiste choisit toujours un point de vue : toute œuvre reste médiatisée et résulte d’un choix subjectif. On ne peut pas raconter toutes les histoires, il faut donc choisir », souligne Phi-Vân Nguyen. Danielle Sturk ajoute : « Ce sont les personnes concernées elles-mêmes, qui doivent être les voix et les perspectives de leur communauté. Sinon, cela devient une démarche d’extraction. »
En dialoguant avec les cinéastes, les membres du public ont été invités à discuter des choix des réalisateurs sur leur rapport au sujet, la mise en récit et le traitement artistique d’un sujet. « Le public comprend aussi qu’interpréter un sujet grave et complexe nous demande à tous d’entreprendre une démarche similaire à ces artistes, explique Phi-Vân Nguyen. Dans la vie ou la science, c’est un peu comme dans les arts, il faut faire des choix courageux et les assumer pour faire passer un message. »
L’art comme outil de réflexion
« À travers des discussions, des expositions et des évènements comme celui-ci, on apprend à décoder les images, à reconnaitre leurs angles morts et à réfléchir ensemble à la façon dont l’art façonne et conteste notre mémoire collective », commente Lou-Anne Bourdeau. Pour la directrice de la Maison des artistes, les lieux culturels et artistiques jouent donc un rôle essentiel dans la compréhension du monde.
Axelle Oulé confie que ces échanges ont nourri sa propre réflexion artistique et retient que la réalisation d’un film – encore plus lorsque le sujet est lourd et important – demande une préparation minutieuse : « Tout comme un peintre travaillant sa toile, l’écriture et les techniques cinématographiques sont intentionnelles et visent à créer un tableau plus large. Souvent, ce sont les détails et les petites touches qui viennent faire résonner l’ensemble auprès du public. »
Accueillir des moments d’échanges entre le public, les artistes et le milieu universitaire permet donc de multiplier les points de vue et de mieux comprendre les choix artistiques et leurs implications. En ce sens, le dialogue entre l’art et le milieu éducatif devient un véritable moment de réflexion capable d’élargir les perspectives et d’avoir un regard critique sur ce qui s’offre à nous.