PROFILS | Publié : juin 2019

Entrevue avec Gabor Csepregi

Gabor Csepregi au Centre étudiant Étienne-Gaboury.

Gabor Csepregi, recteur de l'Université de Saint-Boniface.

 

Le quinquennat de Gabor Csepregi, à titre de recteur de l’Université de Saint-Boniface (USB), prendra fin en juin 2019. Avant son mandat de recteur, il avait été vice-recteur à l’enseignement et à la recherche pendant quatre ans. Auparavant, de 1987 à 2010, il a occupé le poste de président et d’autres postes administratifs au Collège universitaire dominicain, à Ottawa. Il reste toujours professeur titulaire de philosophie et continue à publier en anthropologie philosophique. Nous lui avons demandé de parler de son expérience de recteur et de défis auxquels, selon lui, l’Université fera face dans les années à venir.

Quels étaient vos objectifs dès le début de votre mandat de recteur?

Je me suis donné trois objectifs principaux : réaliser les objectifs du plan stratégique de l’Université, rehausser la qualité des programmes et des services et donner à l’institution un caractère distinctif. J’ai classé sous ces trois buts majeurs des objectifs que je tenais certes très importants, mais secondaires – santé financière, évaluation plus rigoureuse des programmes d’études par les pairs, productivité au niveau de la recherche, renforcement de certains programmes collégiaux, activités philanthropiques dans les « milieux éducatifs d’immersion française », etc. Je voulais faire naître une culture d’excellence au sein de l’université et voir sa réputation éventuellement comparée à celle de quelques célèbres institutions de taille humaine œuvrant dans l’est du pays.

Comment peut-on mesurer la réussite d’une telle quête d’excellence ?

La plupart des universités mesurent leur succès à l’aide des soi-disant « facteurs de rendement ». Il va sans dire que tous les aspects de la vie universitaire ne peuvent être mesurés. Mais nous pouvons tout de même en identifier un bon nombre. Quelques facteurs mesurables, à titre d’exemple, sont : le taux d’inscription, de rétention, de diplomation et d’obtention d’emploi, les subventions de recherche obtenues, les bourses, les citations des publications de nos professeurs, les prix obtenus, les contrats de recherche et de service, les ententes conclues, les divers aspects de la gestion financière, la création, l’amélioration, la transformation des espaces de travail.

Donnez-nous quelques exemples du progrès réalisés à l’USB au cours des dernières années.

Pensons à la hausse du nombre d’inscriptions et diplomations, à la réforme de certains programmes, à l’amélioration de certains services offerts aux étudiants, à l’excellente planification et gestion financière, au renforcement du secteur de ressources humaines, à la haute qualité des activités culturelles, à la création d’un nouveau programme d’études en arts, à la refonte du programme de la maitrise en études canadiennes, à l’obtention du financement pour la construction d’une garderie, à la réalisation des projets de rénovation, à la construction d’un laboratoire de microbiologie de pointe et d’un nouvel espace pour les services de réception et de livraison, au traitement plus efficace des dossiers des étudiants par le personnel du registrariat, aux meilleurs conseils offerts aux étudiants pour leur orientation d’étude, à la création d’une nouvelle école de sciences infirmières et des études de la santé. Cette liste est loin d’être exhaustive. Je suis particulièrement heureux des avancées dans le secteur de la recherche et de l’intérêt pour la recherche dans le secteur collégial. Nos professeurs et professeures préparent et soumettent un plus grand nombre de demande de subvention. Ils publient des articles de haut niveau. Je constate un changement notable depuis mon arrivée à Winnipeg : une véritable culture de la recherche commence peu à peu à prendre forme. Mais cet intérêt accru pour la recherche ne devrait pas nous amener à négliger l’enseignement. Fort heureusement, plusieurs introduisent des innovations dans leur travail et mettent en place des conditions propices pour l’apprentissage actif.

Vous avez sans doute des idées au sujet de la mission de l’université en général.

Une université au 21e siècle doit encore transmettre des connaissances et développer chez les étudiants et étudiantes une expertise professionnelle. Une infirmière ou une enseignante doit connaître sa science et les techniques propres à son métier. Mais elle est aussi appelée à bien communiquer ses idées, à établir d’excellents rapports de collaboration, à développer un esprit critique. Il importe aussi d’affiner les aptitudes de mobilité, d’adaptabilité et de souplesse. Les étudiants et étudiantes de nos jours évoluent également au hasard des échanges, des voyages, des livres, des arts et des exercices corporels. Ces expériences, tout comme les cours, devront leur permettre d’accueillir ou d’imaginer ce qui est nouveau et constructif. La définition qu’Alfred N. Whitehead a donnée de l’université demeure encore valide : l’université est lieu où se réalise la considération imaginative de la connaissance. J’ai tenté aussi d’attirer l’attention sur une autre fonction de l’université : elle doit accorder une place centrale à la conversation véritable qui l’essence de la vie civique. J’ajouterais que, tout en insistant sur la haute valeur de la formation technique et professionnelle, une université ne doit pas céder à la tentation utilitariste et trahir sa vocation en se dévouant uniquement à la promotion des causes sociales.

La promotion de la conversation fait que l’établissement est au diapason de la communauté.

Tout à fait. Il faut rester toujours à l’écoute des membres de la communauté francophone, urbaine et rurale. Une étude quelque peu approfondie de cette communauté et les conversations fréquentes avec des amis et des diplômés de l’université m’ont fait voir le lien direct entre la vitalité, la culture et l’essor économique d’une collectivité et la créativité et le rayonnement de ses institutions éducatives. J’aime bien me retrouver, dans un restaurant ou en prenant un café à mon bureau, en compagnie des hommes et des femmes qui connaissent bien l’université et se dévouent à la prospérité de la communauté francophone. Ils m’offrent de précieux conseils. Ils font tous preuve d’objectivité et de clairvoyance dans leur analyse des faits et dans leur réflexion.

En quoi consiste pour vous la réussite des programmes d’études ?

Ma plus grande satisfaction a toujours été de voir, année après année, nos quelque trois cents finissants recevoir leur diplôme. Ils se taillent ensuite une place dans la société et y introduisent des transformations positives. Ils continuent à rendre l’université et ses valeurs présentes au sein de leur milieu de vie. Je suis tout aussi heureux de voir nos professeurs enseigner avec brio dans les salles de classe et de faire des percées dans leur domaine de recherche. Une bonne évaluation et une reconnaissance nationale confirment à leur tour la haute valeur de leur travail et de leurs programmes d’études.

Et les défis de l’avenir ?

Au-delà des contractions budgétaires, j’aimerais voir l’université se démarquer par un ou deux programmes niches ayant des caractères bien particuliers. J’aimerais que les jeunes disent : « pour obtenir une excellente formation dans tel domaine, il faut aller étudier à Saint-Boniface ». Mais ce sont les compétences langagières de la population étudiante qui éveillent en moi une réelle inquiétude. Nos étudiants et étudiantes devraient se distinguer par une excellente connaissance de la langue française, car celle-ci catalyse tout le reste : originalité, créativité, bouillonnement, réussite. Or ils ont de sérieuses lacunes en lecture, en grammaire et en expression orale. Leurs aptitudes en écriture et en art oratoire doivent se développer. L’intérêt pour la lecture des romans, des essais et des poèmes doit renaître. Cela étant dit, je peux bien comprendre les défis liés à l’acquisition d’une bonne maîtrise de la langue. Je devais, moi aussi, apprendre les règles, élargir mon vocabulaire, affiner mon expression orale et écrite. En vrai, j’ai continué à apprendre cette belle langue tout au long de ma carrière universitaire.

La langue française est donc essentielle pour promouvoir la culture francophone.

On aime répéter cette phrase : apprendre bien une langue, c’est apprendre et nourrir une culture. La langue est certes vitale. Mais le goût et le soin de la langue, si importants qu’ils soient, ne suffisent pas. La culture est aussi faite de sciences, d’arts, d’institutions éducatives, de traditions, de religions, de fêtes, des coutumes de la vie de tous les jours. La réceptivité aux sentiments humains et à la beauté autour de nous est tout aussi essentielle pour l’essor d’une culture que tous les bienfaits d’une langue.

 

Voir d'autres profils

© 2013-2019 Université de Saint-Boniface