PROFILS | Publié : novembre 2019

Ce que les murs de nos écoles peuvent nous apprendre

Gail Cormier, professeure à l'Université de Saint-Boniface.

Gail Cormier, professeure à l'Université de Saint-Boniface, s'intéresse au paysage linguistique.

 

C’est en 2013 que Gail Cormier débute son parcours vers l’obtention d’un doctorat en éducation. Son sujet d’intérêt : le paysage linguistique.

En se penchant sur ce thème d’actualité, Gail Cormier, aujourd’hui professeure adjointe à la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface (USB), découvre rapidement que le paysage linguistique est un sujet plus souvent associé à la géographie.

Pour ainsi marier sa profession d’éducatrice et sa fascination pour la réalité linguistique, Gail Cormier choisit d’effectuer une étude dans les milieux scolaires francophones et d’immersion. Avec en main une bourse de 105 000 $ du Conseil de recherches en sciences humaines, elle entame, en 2015, son projet de recherche qui vise à examiner l’influence du paysage linguistique sur l’apprentissage de la langue française.

La chercheuse sélectionne donc trois écoles pour son étude : une première de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), une autre d’immersion à voie unique et une dernière d’immersion à double voie. Un choix qui n’était pas anodin, selon cette éducatrice.

« Les trois écoles disposent de populations et de systèmes très différents. À la DSFM, on retrouve surtout des élèves francophones. Dans l’école d’immersion à voie unique, beaucoup sont anglophones, mais tous apprennent le français. Et dans celle à double voie, les anglophones qui apprennent le français sont souvent minoritaires. »

Ses trois mois sur le terrain permettent par la suite à Gail Cormier d’élaborer une thèse dans laquelle sont inclus les avis des jeunes : Portraits of French Secondary Education in Manitoba. « J’ai pu parler directement avec eux. Ils ont activement participé à mes recherches, ce qui n’est pas le cas dans toutes les études en éducation. C’était important d’aller les voir et de leur donner la parole. »

Dans ce paysage linguistique en milieu scolaire, Gail Cormier observe notamment les affiches présentes sur les murs des écoles, et la part du français dedans. « Ça en dit bien plus que ce qu’on pense de prime abord. Les élèves peuvent lire parfaitement ces affiches, mais aussi les messages explicites et implicites qu’elles contiennent. »

Rapidement, une conclusion s’impose : « L’anglais est présent dans les trois écoles. » À la DSFM, 64 % des affiches sont en français, 22 % en anglais, 12 % en format bilingue et 2 % n’ont pas de texte. Logiquement, l’immersion à double voie tend à inverser les statistiques : 63 % des affiches sont en anglais, 15 % en français, 17 % sont en format bilingue, et 5 % en une autre langue. Dans le cas de l’immersion à voie unique, 44 % des affiches sont en français, 37 % en anglais, 16 % sont en format bilingue et 3 % en espagnol.

Les chiffres sont clairs selon l’étude de Gail Cormier : « Le milieu dans lequel évolue l’élève influence son usage de la langue. Plus on lui mettra de français devant les yeux, plus cette langue fera partie de son paysage linguistique, et plus il sera porté à l’utiliser lui-même. Comme on me l’a fait remarquer, les murs des écoles ont vraiment du pouvoir. »

 

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